mardi 27 mars 1973

LED ZEPPELIN

Led Zeppelin, le plus grand groupe de rock des années 70, n’a effectué qu’une seule tournée en France. C’était en 1973. Seulement quatre concerts seront donnés pour trois villes traversées : Lyon, Saint-Ouen et… Nancy. Eh oui ! Le concert en Lorraine eut lieu le 27 mars au parc des Expositions devant 6.000 personnes. Jusqu’à sa dissolution, suite à la mort du batteur John Bonham en 1980, la formation composée entre autres de Robert Plant et de Jimmy Page s’est toujours refusé à rejouer dans l’Hexagone.
Chez les fans du groupe, on évoque le rôle d’un producteur véreux qui aurait pris la fuite avec la recette mais des incidents survenus en marge du concert nancéien ont poussé le groupe à annuler deux concerts et à bouder la France par la suite.

Refoulés de leur hôtel

Selon la bible de la musique rock de Nancy, Francis Kremer, patron de la boutique « Punk record » rue des Maréchaux, tout a très vite dégénéré. « Dès leur arrivée. Leur contrat stipulait en effet qu’ils logeraient dans un hôtel de luxe. Ils devaient donc dormir dans l’actuel Hôtel de la Reine ». Mais le gérant de l’époque, pris de panique à l’idée de recevoir les 4 stars britanniques à la réputation sulfureuse, s’y refuse au dernier moment. « Ils ont donc été relogés, je crois, à l’hôtel Europe, à l’angle de la rue Gambetta et de la rue des Carmes. Là où se trouve aujourd’hui l’hôtel Mercure », ajoute Francis. Un établissement plus que convenable mais pas assez pour le groupe anglais qui va commencer à noyer son mécontentement dans l’alcool.
Arrivés au parc des Expositions où donc près de 6.000 fans les attendent, les British ne sont pas au bout de leurs surprises. « Sur le site, il n’y avait pas de loge » raconte encore Francis. Juste une caravane. À l’intérieur, les organisateurs avaient accédé aux moindres demandes du groupe. Alcool à volonté, buffet de fruits… De quoi normalement les satisfaire. Encore fallait-il que la caravane soit ouverte…

Ils démolissent la caravane qui sert de loge

« Le gardien avait disparu avec les clés. Il est sans doute parti pisser, on ne l’a jamais revu », lance Francis, avec un large sourire. Les stars anglaises ont dû prendre leur mal en patience avant de trouver un double des clés pour enfin s’installer dans leur caravane et… « Tout casser », assure encore le commerçant de la rue des Maréchaux. Les dégâts seront importants.
Claude Aubry, qui vit désormais à Toulouse, a assisté au concert. Il en garde plutôt un bon souvenir lui qui, comme il l’avoue volontiers, s’était introduit frauduleusement dans le parc des Expositions pour assister au concert (NDLR : ils furent comme lui plusieurs centaines à déjouer la sécurité). « Je suis passé à travers les grillages pour voir Led Zeppelin. Je n’ai rien vu d’anormal. » Mais pour les vrais fans, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. « Après une demi-heure, ils devaient jouer une vingtaine de minutes en acoustique avant d’électriser à nouveau la foule. Vexés de l’accueil, ils ont refusé de jouer la partie en acoustique », détaille Francis. Au final, la partition interprétée par Led Zeppelin est loin d’avoir convaincu les fans. Il suffit de lire le compte rendu publié le 29 mars dans les colonnes de l’Est Républicain pour le vérifier : « Led Zeppelin a volé bas » titrera, sans ambages, notre confrère Michel Amoy. Il écrira surtout : « L’intensité sonore l’a emporté sur la virtuosité, même sur celle d’un Jimmy Page qui comme un « bleu » s’est plusieurs fois « planté » dans l’exécution de morceaux pourtant attachés de longue date au répertoire du groupe ». Bref : « Led Zeppelin n’avait aucune envie de jouer. »

Ils repartent aussitôt pour Londres

Juste après leur piètre prestation, ils repartirent aussitôt pour Londres. Les concerts de Marseille (29 mars) et Lille (31 mars) qui devaient suivre furent annulés. Led Zeppelin n’honora que ses deux dernières dates à Saint-Ouen, les 1er et 2 avril 1973. Robert Plant dira par la suite : « La France était chaotique. » Il ne rejoua en France en solo que le 21 mai 1990. Quant à Jimmy Page, il lui aura fallu 22 ans pour digérer cette tournée de 1973 et revenir en France. C’était le 6 juin 1995.
Alexandre POPLAVSKY

(Parc des Expositions à Nancy)